يد واحده ما تصفق

Yedd ouahda ma tsafek
Une main toute seule ne peut pas applaudir

lundi 23 mai 2011

"La trahison", un film de P. Faucon



La Trahison est le 8e film de Philippe Faucon. Il s'attaque ici à un sujet sensible, la guerre d'Algérie. La représentation de ce conflit dans le cinéma français a toujours été soumise à la censure, la France refusant de regarder en face cette part d'ombre de son histoire.

Le film de Philippe Faucon nous montre un aspect de la guerre d’Algérie qui a été peu filmé : une guerre faite d’attente, de tension quotidienne dans ces postes isolés, avec de brusques explosions de violence. On a du mal à comprendre que l’essentiel de cette guerre a été mené dans ce qu’on appelait à l’époque le bled, et pas dans les villes où vivaient en majorité les Européens. Ce film montre aussi une réalité dont on a peu parlé, celle du déplacement des populations paysannes par l’armée française. C’est un processus massif qui a concerné, de 1956 à 1961 environ, près de deux millions de paysans.
Quand on parle de la guerre d’Algérie on imagine des affrontements, des embuscades, des coups de main. On oublie la violence particulière subie par des populations paysannes déracinées et précarisées. La force du film est de ne pas se limiter au point de vue du lieutenant français. Roque et Taïeb sont deux personnages à part entière, aussi ambigus l’un que l’autre. Taïeb est double bien sûr mais Roque l’est tout autant : il est à la fois très proche de ses appelés musulmans, et extrêmement méfiant. Toutes choses que la mise en scène retranscrit bien, par les silences, les regards.

En principe les Algériens, n’étant pas considérés comme citoyens français à part entière, n’avaient pas l’obligation de faire leur service militaire. A partir de 1957, l’armée française fait de plus en plus appel à eux, pour pallier ses problèmes de recrutement en métropole. En 1962, on estime leur nombre à 50 000 dans l’armée française.
« Trahison » est un mot-symbole pour la Guerre d’Algérie, de même que le mot d’abandon. Tous les groupes porteurs de la mémoire de cette guerre s’estiment trahis : les pieds-noirs par la parole du général De Gaulle, les harkis évidemment, mais aussi les officiers supérieurs français (qui se sont vus voler leur victoire), et quelque part également le peuple algérien qui a été dépossédé de sa victoire, de son indépendance. Ce sentiment de trahison et de dépossession a engendré une amertume tenace, de part et d’autre de la Méditerranée.



Pendant la guerre d'Algérie, le sous-lieutenant Roque est stationné dans un village de l'est du pays. Usé par le conflit, il doit gérer une population locale soumise à la répression et à la torture, et des soldats dont il doit entretenir le moral tout en maintenant sa vigilance. L'évolution de ses rapports avec Taïeb, un jeune soldat déchiré de souche nord-africaine, exacerbe les contradictions et l'absurdité de la "guerre sans nom".
Une idée reçue veut que de la guerre d’Algérie, « la guerre sans nom »,
comme on la surnomme parfois en raison du déni longtemps observé
de la part d’une France qui refusait d’accepter la réalité du conflit
algérien, le cinéma français ait peu montré d’images. Qu’il y ait, jusque
dans le cinéma, un non-dit à ce sujet.
Cliché ? Oui et non. Oui, parce qu’il existe des films français traitant
plus ou moins directement de la guerre d’Algérie. Non, parce que malgré
ces films, la sensation d’un vide persiste, et signale que le rapport
du cinéma français à cet épisode historique demeure compliqué. La
Trahison n’arrive pas en pionnier, il vient après plusieurs films marquants.
Mais il arrive juste après une brusque remontée du débat sur
la guerre d’Algérie ces dernières années, à la faveur de la levée plus
ou moins définitive, de certains tabous (notamment sur la torture).

Chez Faucon, la guerre est un grand jeu de masque où l’ennemi n’est jamais celui que l’on croit, où, peut-être, il n’y a pas d’ennemi. Cette ambiguïté, ce sont les harkis − protagonistes évidents du film − qui en sont la plus forte expression. Rejetés à la fois par les Algériens et les Français (l’un d’eux, pris d’une triste prémonition, demande ainsi à son capitaine « s’il peut jurer que la France ne les abandonnera pas »), ils prouvent l’absurdité d’une guerre sans fin, et de la logique de destruction qui l’accompagne. Une destruction physique et psychologique, où idéaux et vérité, amitié et confiance disparaissent au profit du désordre et du mensonge.


Travail réalisé par Marine, Lindsay et Léa

1 commentaire:

M.AUGRIS a dit…

On aurait aimé une mise en perspective avec le cinéma qui traite de la guerre d’Algérie. Vous parlez de film marquants sans les citer et cela reste très superficiel. On aimerait aussi une fiche «technique» du film ou un lien vers sa fiche. (SG)
Un peu trop bien écrit tout en étant décousu. Ne semble pas le fruit de vos recherches… Pas d’extrait, d’analyse d’une séquence du film. Compilation de textes écrits par d’autres. (EA)